

« ...Et quelle est la différence entre les catholiques et les protestants ? » - « Nous, on ne prie pas Marie » ou « Nous on ne croit pas en Marie », tels sont les échanges que l’on entend bien souvent entre une personne ‘nouvelle’ dans une église protestante évangélique et un membre plus ancien qui l’accueille.
Souvent sujet de discorde entre confessions chrétiennes, Marie est une femme qui, si elle est souvent inexistante dans les prédications protestantes, ne l'est pas pour autant pas dans les Saintes Ecritures. Certes on y parle peu d'elle mais n'ignorons pas ce que son histoire nous enseigne...
Pour citer une formulation du livre de Philippe Decorvet*: « …D’un côté en effet, on a tellement exalté théologiquement, sentimentalement et surtout populairement Marie, que cela a servi d’alibi pour ne pas donner à la femme sa vraie place de femme libre, à la fois égale et différente de l’homme. Paradoxalement, l’exaltation de Marie a été (inconsciemment ou consciemment) une excuse pour garder la femme mineure et loin des responsabilités. On avait l’illusion qu’elle était honorée puisque Marie prenait tant de place dans l’Eglise.
Mais de l’autre côté, on a tellement insisté sur le caractère humble, effacé et quasi insignifiant de Marie qu’on n’a même pas remarqué qu’elle jouait un rôle essentiel dans l’histoire du salut, qu’elle était l’accomplissement des promesses faites à Eve après la chute et que désormais il y avait quelque chose de complètement nouveau pour la femme. Et là aussi on l’a laissée mineure. »
Tout d’abord Marie n’est pas un personnage comme les autres, au même titre qu’Abraham ou Moïse, elle fût un instrument pour servir à l’accomplissement du grand projet de Dieu en faveur de l’humanité.
Marie était une jeune femme simple, une parfaite inconnue (la Bible ne nous donne pas sa généalogie) jusqu’à l’annonce qui lui est faite par l'Ange Gabriel. Une chose notable dans l’attitude de Marie face à cette annonce qui, dans le contexte de l’époque, lui vaudrait l’incompréhension, le rejet, voire la lapidation ; Celle-ci va poser à l’Ange une question de foi qui s’ensuivra d’une obéissance parfaite et ouvrira la porte à l'action de Dieu pour l'humanité entière. En parallèle nous trouvons l’attitude d’un sacrificateur connu (Zacharie, de la classe d’Abia…), érudit dans la Torah qui face au même ange va douter de son annonce, pourtant plus plausible, et en perdre l'usage de la parole durant presqu'un an… (Evangile de Luc chapitre 1, versets 5 à 38)
Marie est une femme de foi, indéniablement, qui connaît les Saintes Ecritures et qui fait confiance à Dieu même devant l’impossible. Dieu l’a choisie telle qu’elle est pour nous ramener à l’humilité de la foi et à l’acceptation de la grâce.
Pour en revenir au titre de ce texte, l’appellation Mère de Dieu qui porte à confusion, est à la fois exacte et erronée selon la compréhension que l’on peut ou veut en avoir. Les théologiens ont longtemps eu fort à débattre et à réfléchir sur la personne de Jésus, et il nous est plus facile aujourd’hui en 2009 d’y voir clair car bénéficiaires de 2000 ans de « christologie » (= explication de qui est Christ). Conceptuellement Jésus pose problème car Il est Dieu et aussi homme. Dès les débuts de l’Eglise des mouvements divergents ont existés sur le sujet : les uns affirmant que Christ a été créé, et d’autres qu’il a été engendré, chaque réflexion ouvrant la porte à une autre… Les calvinistes vont affirmer que la personne de Jésus porte les deux natures : divine et humaine, sans que la divine n’y soit « enfermée ».
Sur cette base, Marie étant une femme née d’un père et d’une mère, est une personne ‘finie’ qui a un commencement et ne peut être mère de Dieu qui Lui est éternel. Cependant, Marie est bien mère de Dieu en ce qu’elle est mère de Jésus dans Son humanité, qui elle a un commencement : Luc 1:35 L’ange lui répondit : Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu.
Certains points dogmatiques qui posent souci aujourd’hui ne sont en fait que très récents :
- Le dogme de l'Immaculée Conception a été défini le 8 décembre 1854 par le Pape Pie IX.
- Le dogme de l'Assomption de la Vierge Marie a été proclamé par Pie XII en 1950.
Sans vouloir exclure les conceptions non bibliques de la personne de la vierge Marie, il n’en demeure pas moins important de lui redonner la place qui lui revient dans notre foi protestante. Marie nous introduit à la venue du Messie. Revisiter Marie, c’est aussi revoir notre position vis-à-vis de la femme dans l’Eglise de Christ : Eve a péché, mais Marie a cru !
Oui bienheureuse Marie qui a été l’élue, la bénéficiaire de la grâce de Dieu pour porter en son sein l’enfant-oint, le Fils de Dieu qui offrît sa vie en rançon pour tous. Qu’elle nous ramène à Christ, car sa vie, ses paroles, sa foi tournent nos regards vers celui de qui elle dira aux noces de Cana : « Faites tout ce qu’il vous dira. »
*Marie, la féminité réhabilitée, de Philippe Decorvet, paru en 2004 aux éditions Emmaüs
Frederic FRANCOIS